"Je suis un chat. Je n'ai pas encore de nom. Je n'ai aucune idée du lieu où je suis né"
Ces derniers temps, j'ai commencé à découvrir la littérature japonaise, et quelques uns de ses écrivains majeurs.Le plus célèbre est sans aucun doute Sōseki Natsume, pour son œuvre immense, pour son ouverture sur le monde, enfin pour avoir influencé des générations d'écrivains après lui.
Je ne puis, comme le chat érudit de Sōseki, réaliser un panorama de la culture japonaise à l'ère de Meiji, ni avoir ce subtil humour propre aux vrais Edokko (Habitant d' Edo), mais je trouve fascinant d'originalité d'avoir su (en 1905-1906) faire parler un chat de la sorte.
Mais que dire du roman "Le Pauvre cœur des hommes"(1914) qui en trois actes nous transporte tout en douceur dans l'univers fascinant et complexe d'une existence ?
Ce roman est sublime car il procède par petites touches successives et accompagne le lecteur en analysant un moment de vie selon plusieurs points de vue, celui de l'élève qui débute dans la vie et celui du maitre qui fait le bilan de la sienne... Mais les personnages de Sōseki paraissent peu à peu échapper au cadre, ils prennent des décisions inexplicables sauf par leur sensibilité, leur cœur, un peu comme dans la vie. Et à la fin, on se surprend à se précipiter pour relire avec une vision plus mature le livre depuis le début.
Une amie japonaise me confiait que c'est un roman étrange que l'on aime à emmener au calme en vacances, "un livre à lire à la montagne ", et que chaque lecture offrait un point de vue nouveau. Amusant.
"L'éloge de l'
ombre" (1933) de Jun'ichirō Tanizaki est un essai fabuleux par la légèreté, et la simplicité de son style. Tanizaki présente son opinion (à certains égards tout à fait contestable) sur l'esthétique de l'ombre dans la société japonaise. Tanizaki parle avec nostalgie et conservatisme (mais non sans humour) d'un Japon qui a disparu et entre dans l' ère industrielle. Certains propos de l'époque peuvent choquer et l'on peut sérieusement douter de son argumentation mais le point de vue est original. En quelque sorte, il est permis parler de tout mais avec du style ?
